Christian Favre | Presse
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Presse

Remusica

Le 30 septembre 2008 par Olivier Mabille

Concert, La Scène, Musique de chambre et récital
Paris. Auditorium du Musée d’Orsay. 25-IX-2008. Gustav Mahler (1860-1911) : Quatuor avec piano en la mineur ; Rückert-Lieder (transcription de Christian Favre) ; Richard Wagner (1813-1883) : Wesendonck-Lieder (transcription de Christian Favre) ; Prélude et mort d’Isolde extraits de Tristan und Isolde (transcription de Christian Favre). Dame Felicity Lott, soprano ; Quatuor Schumann : Tedi Papavrami, violon ; Christophe Schiller, alto ; François Guye, violoncelle ; Christian Favre, piano.

Si la transcription est un art, le pianiste et compositeur Christian Favre y est passé maître. Parmi les trois œuvres proposées jeudi dernier, les Wesendonck-Lieder paraissait la plus propre à un arrangement, puisque la partie de piano s’accommode le plus souvent de l’orchestration indéniablement wagnérienne de Felix Mottl. Le travail de Christian Favre, très réussi, soulignait la parenté de ce cycle avec les mélodies, parfois fort belles, que Wagner a composées pendant la première partie de sa carrière.

Le Prélude et la Mort d’Isolde offrait la situation inverse, puisqu’il s’agissait de réduire une ample partie orchestrale. La transcription du Prélude était si réussie que l’on croyait par moments entendre un chef d’œuvre de la musique de chambre. Dans la Mort d’Isolde, on ne pouvait s’empêcher de regretter la couleur nostalgique apportée par les cors, et l’extraordinaire vertige qui doit saisir l’auditeur lors du dernier tutti, sur la phrase «In des Welt-Atems wehendem All», avant que l’orchestre ne se referme comme un gigantesque éventail.

Dans les Rückert-Lieder, la difficulté était encore d’un autre ordre : l’accompagnement, destiné par Mahler à un orchestre réduit, se colore sans cesse des interventions des bois, et, dans Um Mitternacht, des cuivres. Bref, il paraissait impossible, a priori, d’imaginer que ces effets puissent être rendus par un quatuor avec piano. Or, c’est dans ces pièces délicates que le travail de Christian Favre produisait le plus d’effet, restituant de façon étonnante les oppositions de timbres et d’atmosphères.

On le sait, par sa seule présence, Dame Felicity Lott aurait suffi à rendre cette soirée délicieuse. Le plaisir était d’autant plus grand de la voir mettre au service de ces belles transcriptions une interprétation raffinée et une diction impeccable. La profonde entente entre la chanteuse et les instrumentistes était mise au service d’une expression sobre mais intense. Du fragment de quatuor avec piano composé à 16 ans par Mahler, il y a peu à dire, si ce n’est que cette pièce n’a rien de malhérien, même si elle ne manque pas d’un certain charme.

En définitive, ce concert, qui, lors de sa parution au disque nous avait enchanté, inaugurait de façon prometteuse le cycle sur «L’art de l’accompagnement vocal» proposé par le Musée d’Orsay.

24 heures

Le pianiste et pédagogue Christian Favre aime révéler les jeunes talents

Par Matthieu Chenal le 15.06.2011

Le fameux musicien offre un récital pour le lancement du onzième Concours d’interprétation musicale de Lausanne.

«Nous essayons de révéler des musiciens à vraie personnalité, pas des machines à jouer les notes.» Pianiste et pédagogue réputé, Christian Favre est membre fondateur du Concours d’interprétation musicale de Lausanne. Vendredi, il offrira le récital d’ouverture d’une 11e?édition record, avec la participation de 29 candidats, pianistes, violoncellistes ou violonistes, tous étudiants dans les classes professionnelles de Suisse.

Le monde musical déborde de concours. A quoi peut donc servir une compétition pour jeunes musiciens? «Les grands talents réussissent toujours, estime Christian Favre, mais il est parfois utile de les révéler. Notre concours est unique pour cette tranche d’âge (maximum 22?ans), entre celui des Jeunesses Musicales ouvert aux amateurs et les grands concours internationaux.»

A l’issue de deux jours d’auditions marathon, trois ou quatre finalistes seront distingués par le jury, et recevront un prix intéressant (1er Prix: 7000?fr.; 2e Prix: 3500?fr.; 3e Prix: 1500?fr.). De plus, le concert final est enregistré et Espace 2 les invite à Tribune des jeunes musiciens. Avec un peu de chance et de persévérance, ils seront, – qui sait? – les Cédric Pescia et Joel Marosi de demain – tous deux lauréats de la 1re?édition en 1991: le pianiste vaudois est aujourd’hui une référence en musique de chambre et le violoncelliste zurichois tient le pupitre solo de l’OCL…

Par une amusante circonstance, le concours est né au bord de la Venoge. «J’habitais à l’époque à Ecublens, raconte Christian Favre, et l’idée est née, comme souvent, autour d’une bouteille, en discutant avec mon voisin. Intitulé «Rencontres musicales de la Venoge», puisque l’initiative était à l’origine organisée par des membres du Lions Club La Venoge, le concours a rapidement trouvé un rythme biennal et une implantation plus naturelle à Lausanne.»

Christian Favre dédiera son récital de vendredi à la mémoire de Rolf Vogel, décédé en décembre dernier, et qui fut longtemps le président passionné et opiniâtre du concours. Ensemble, ils avaient imaginé le programme: une invitation à la danse en forme de voyage à travers l’Europe, des Ländler viennois de Schubert aux Mazurkas polonaises de Chopin en passant par les Rigaudons et autres Forlanes françaises de Ravel avant l’emportement diabolique de la 1re Méphisto-Valse de Liszt.

Revue Musicale Suisse, juillet-août 2008

Christian Favre, compositeur

Christian Favre: Quatuor-Fantaisie, Chaconne, Scènes enfantines. Quatuor Schumann : Christian Favre, piano; Dorin Matea, violon; Tedi Papavrami, alto; François Guye, violoncelle; Stefan Rusieckiviolon. Doron DRC2007.

« Quelques notes de Mozart, et on a déjà les larmes aux yeux. Aujourd’hui les compositeurs veulent surtout écrire des choses complexes, alors que je me demande au contraire comment revenir à la simplicité. »

Composant depuis sa jeunesse, Christian Favre trouve le moment venu de publier ses œuvres, en commençant par trois pièces de musique de chambre pour piano et cordes. Il dit lui-même : « Aujourd’hui tout est éclaté ! Autrefois certains interdits entravaient les créateurs… ». Ces interdits tombés, Christian Favre se sent libre de reprendre le fil de la composition à peu près là ou les dodécaphonistes l’avaient rompu. Son langage est expressionniste, oscillant entre tonalité très élargie et atonalité. L’idée de sa composition est à tout moment claire : le discours, la rhétorique, le lyrisme. Les éléments musicaux restent pour lui la mélodie, le rythme, le contrepoint dans leur forme idiomatique. Sa musique est un langage, ses motifs ont toujours un caractère très typé et s’articulent en phrases et en formes immédiatement compréhensibles.

On sent à chaque instant le pianiste expérimenté connaissant exactement l’effet de la musique sur les auditeurs, savourant l’effet de son emphase, jouant avec la magie du moment. Christian Favre sait comment créer une atmosphère, comment la maintenir en vie et comment passer à la suivante avant que le plaisir de l’écoute ne s’émousse.

Les scènes enfantines — composées pour ses propres enfants — sont une révérence à Schumann et ses œuvres Für die Jugend. Un Halloween bien innocent y côtoie quelques vieux costumes, on y joue à cache-cache et fait la fête. Le niveau technique est élevé mais atteignable pour des élèves avancés ; à recommander aux professeurs de violon pour élargir leur répertoire.

Pierre-Alain Chamot

Revue Musicale de Suisse Romande
N° 63/2 juin 2010

Le Requiem de Christian Favre

Pianiste renommé, Christian Favre a entamé voici quelques années une nouvelle carrière de compositeur. Sa première œuvre pour grande formation chorale et orchestrale, un Requiem, a été créé en 2008 à Buenos Aires et exécuté en première suisse en mars dernier : il sera repris en novembre par le Chœur Pro Arte.

Né en 1955, Christian Favre est un acteur bien connu de la scène musicale romande. Pianiste et pédagogue (il a en particulier été le maître de Cédric Pescia), accompagnateur attitré de Felicity Lott, il nourrit depuis toujours une passion pour la création musicale. Avouant être venu à la musique par le biais aujourd’hui peu courant de l’improvisation, il ne se souvient plus, tant il est lointain, du premier instant où il a commencé de composer de la musique. Il a ainsi joué de l’orgue jusqu’à l’âge de 16 ans avant de se consacrer entièrement au piano, mais a longtemps refoulé son désir d’être reconnu comme compositeur, par méfiance envers les diktats de l’avant-garde musicale qui, dans les années 1970 encore, ne laissaient que peu d’espoir d’être entendu à un jeune créateur épris de mélodie et d’harmonie consonante.

Ce n’est donc que depuis le début des années 2000 que, le paysage musical ayant changé, Christian Favre a enfin osé s’affirmer comme compositeur. Fondateur du quatuor Schumann, il a écrit pour sa formation une œuvre qui a été la première de sa plume à être exécutée en public. L’accueil ayant été chaleureux, il n’a dès lors plus cessé de composer, mais aussi d’adapter la musique des autres : il a entre autres effectué des transcriptions pour ensemble de chambre d’œuvres de Wagner et de Mahler.

Auteur déjà de plusieurs pièces pour chœur avec piano, le désir d’écrire un Requiem lui est venu à la suite d’un deuil familial : la disparition, d’un cancer foudroyant, de son frère aîné. Sa première inspiration avait été de composer une petite pièce d’hommage, mais rapidement l’idée s’est imposée d’écrire une Messe des morts qui est, à ce jour, la plus ambitieuse de ses œuvres. Composé entre 2004 et 2006, ce Requiem a immédiatement conquis le chef jurassien Facundo Agudin, « grand musicien dynamique et plein d’audace », comme le définit Christian Favre avec reconnaissance, qui est parvenu à le faire créer dans son pays d’origine : l’Argentine. Les deux premières exécutions ont ainsi eu lieu dans une basilique de Buenos Aires les 17 et 18 mars 2008 et l’enthousiasme manifesté par le public sud-américain a conforté Facundo Agudin dans son intention de jouer l’œuvre dans ses fiefs jurassiens. Après deux années de tractations et de préparation, l’œuvre à été donnée le 19 mars dernier à Moutier, le lendemain à Delémont et le surlendemain à La Chaux-de-Fonds. A l’orchestre Symphonique du Jura s’adjoignait l’excellent ensemble vocal d’Erguël de Philippe Krüttli, dont la ferveur était communicative. Bénédicte Tauran, Kismara Pessatti, Michael Laurenz Müller et Lisandro Abadie tenaient les parties solistiques. Non moins enthousiaste, Pascal Mayer, directeur du chœur Pro Arte, a, de son côté, programmé l’œuvre pour un concert qui se tiendra à la Cathédrale de Lausanne le 24 novembre prochain, accompagné par l’Orchestre de la Suisse romande.

Des critiques ont articulé devant le compositeur les noms de Chostakovitch et de Britten. Nous ajouterons peut-être ceux de Honegger et de Penderecki devant ces grandes masses chorales traitées de manière à la fois monumentale et expressive. Christian Favre assure que ces comparaisons avec des compositeurs du XXe siècle ne le gênent pas du tout : ayant travaillé le contrepoint et l’harmonie au Conservatoire de Lausanne, mais n’ayant pas étudié la composition en tant que telle, il ne s’est jamais rattaché à quelque école que ce soit. Persuadé que tous les artistes de l’histoire forment une grande chaîne ininterrompue où il est vain de chercher à savoir qui a réussi à être le plus original de tous, Christian Favre ne se reconnaît en fin de compte comme maîtres que Beethoven, Brahms, Liszt, Wagner et tous les grands compositeurs du passé qu’il a aimé et dont il a assimilé la leçon.

Fortement contrasté, son Requiem ne comprend que les cinq parties qui rapprochent la structure de la Messe des morts de celle d’une messe ordinaire : Requiem, Kyrie, Dies Irae, Sanctus et Agnus Dei se suivent ainsi sans temps mort ni chute de tension, faisant alterner tout à fait traditionnellement le chœur et les quatre solistes. Si le Dies Irae ne recule pas devant la peinture d’un certain chaos, le Sanctus apparaît pour sa part viril, voire martial, afin de fournir un contraste d’autant plus grand avec un Agnus Dei très tendre, lueur d’espoir sur laquelle le compositeur tenait à conclure son œuvre.

D’Hermann Suter à François Pantillon, en passant par Doret, Jaques-Dalcroze, Honegger, Frank Martin, Klaus Huber ou Jean Balissat, notre pays a toujours brillé par la qualité et la puissance de sa musique chorale. Le Requiem de Christian Favre n’est certainement pas indigne de cette grande tradition.

Alain Corbellari